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SOLIDARITE : Jean Luc BARAT

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Durant notre dernière grande aventure en GS lors du GRINGO 211, nous avons partagé 5 valeurs de voyage avec nos participants – curiosité, courage, respect, solidarité, humilité – que nous avons plaisir à partager ici avec vous à travers ces portraits de motards ordinaires livrés à leurs rêves extraordinaires…

Le Respect

Q01: quand as tu commencé a faire de la moto ? Avec quoi ?

J’ai commencé le 2 roues a 14 ans avec une peugeot TSR. C’est une mobylette 50cc mais carénée comme une moto avec 3 vitesses. Il fallait deja apprendre à manier l’embrayage pas facile au début. Puis ma première moto à 18 ans était une Suzuki GT 125 une routière. Je suis allé jusqu’en Grèce avec.

Q02: Quand as tu eu ta première GS ? Quand ? Quel modèle ? Raconte .

Ma 1° GS c’est assez récent c’est une GS 650 en 2003 ma moto précédente une DR 650 avait rendu l’âme j’ai hésité à l’époque avec une 1200 mais je la trouvait trop grosse et vu ma taille elle me faisait peur au quotidien. Je me suis lassé de la 650 et c’est après une virée au Maroc avec des GSistes 1200 que je me suis décidé pour une GS 1200 et c’était Baguerra.

Q03: Ta femme Nathalie a t elle toujours aimé la moto où lui as tu injecté le virus ?

Nathalie a toujours aimé la moto mais n ‘en faisait pas quand on s’est rencontré. Après quelques années de ballade et virées en moto, l’envie lui est venue de passer le permis. Elle en parlait souvent mais ne trouvait pas vraiment le temps de le faire. Puis je me suis inscrit au Zulu et en cachette elle a passé son permis pour prendre le guidon pendant le rallye. Pendant le Zulu je me suis arrangé pour qu’elle roule seule et l’assister au décollage et à l’arrivée. Mais sur le Gringo je n’y ai pas loupé j’ai du être passager, j’ai du prendre sur moi, pas facile.

Q04: est ce important pour toi de partager ta vie avec une femme qui partage ta passion ?

C’est le pied oui. Elle comprend ce que je ressens, les plaisirs et les frayeurs. Elle ne considère pas la moto comme une rivale. Elle apprécie l’esthétique de la moto, participe et donne son avis sur le choix du modèle la couleur les équipements. Elle commence même à apprécier les équipements techniques : amortisseurs, échappement etc. la moto fait partie de nos passions et de notre quotidien

Q05: comment partagez vous votre passion de la moto dans la vie de tous les jours ?

Au quotidien des que la météo le permet et c’est fréquent ici on va travailler en moto. Et comme on travaille ensemble on roule ensemble parfois sur la même moto souvent chacun sur la sienne. Les We ou les vacances on fait des virées dans le Lubéron dans la drome la cote d’azur, les alpes . on part pour la journée : tourisme, visite, bons restos etc . Nathalie est encore débutante et il faut s’adapter à son rythme mais elle fait des progrès et commence à comprendre la moto, son comportement et les particularités de la conduite moto

Q06: quelles sont les valeurs ou qualités du ZOULOU 2010 qui t’ont incitées à continuer l’aventure avec le Gringo 2011 ?

L’organisation du rallye me permet de ne pas m’occuper du tout de l’intendance et du matériel. Je peux complètement decompresser et destresser. Je me sens libre et je peux alors profiter pleinement du voyage pour me l’approprier pour le transformer en une aventure partagée avec ma femme et des amis. ça c’est le pre-requis qui me permets de profiter de mon environnement : s’arreter, admirer des paysages, rencontrer des personnes, échanger devient la quête quotidienne. Une qualité importante que j’ai trouvé sur le Zulu était l’organisation. Pour moi une bonne organisation doit être transparente : tout semble se derouler sans problème tout est prêt même en cas d’imprévu. Quand il y a des problèmes et je pense que l’organisation en a rencontré plusieurs on ne se rend compte de rien ou presque.

La bonne humeur au quotidien de tous les participants et des organisateurs

Q07: quand vous êtes arrivés à Antofagasta était-ce votre premier voyage en Argentine ?

Nous avions deja fait un trek de 15 jours en Patagonie autour du Fitz Roy et des Torres del paine

Q08: qu’as tu ressenti en descendant du bus en arrivant de l’aéroport ?

Ce que je ressens souvent quand je pars pour ce genre de voyage aventure ou sportif loin de chez moi sur un autre continent. Je savoure le moment, j’observe, je suis dans un pays étranger, avec des comportements différents, ça me plait . L’aventure commence toujours comme ça : un aéroport avec tout ce monde , ces touristes très différents, certains gogos type voyage concours Panzani, des aventuriers des nomades, des pommés, des professionnels du voyage. L’environnement est toujours intéressant il y a tous les parasites et tous ceux qui savent qu’ils peuvent essayer de t’arnaquer avec le taxi les bagages etc, cela m’amuse beaucoup et j’aime bien ce moment . Le 1° contact avec le pays est souvent un souvenir qui reste très présent dans ma mémoire. J’ai des tas d’images de ce type dans ma mémoire et toujours des aéroports. A Antofagasta il faisait beau venteux l’aéroport était plutot vide, les gens locaux plutôt indifférents à notre arrivée je me suis dit ce n’est pas un lieu touristique.

En descendant du bus à l’hotel, bonheur :quelques reperes, les motos dont ma moto Baguerra, quelques têtes connues. J’y ai pensé pendant des mois ça y est le voyage est commencé

Q09: gardes tu l’esprit médecin lorsque tu roule en moto dans un groupe tel que le Gringo ou cherches tu as déconnecter ?

Quand je roule sur le gringo je ne suis plus du tout médecin, je suis motard comme les autres, plutot plus mauvais motard que les autres mais j’essaye de m’adapter. En 2 à 3 jours j’ai complètement déconnecté

Q10: qu’as tu éprouvé lorsque tu es arrivé sur le lieu de chute de Alain avec Bruno ? Quels sont les gestes que vous avez du faire pour remettre Alain sur le rail de la vie ?

Sur le moment incomprehension, je vois des affaires partout, sacs, brosse à dents morceaux épars, puis je comprends vite Bruno qui était devant moi vient de descendre de sa moto. Puis on ne réflechit plus mes reflexes reviennent, je fais depuis longtemps l’assistance des courses de motos, on est 2 chirurgiens et une infirmière Nathalie avec qui je travaille tous les jours, la coordination des gestes est automatique. Alain est inconscient, face à terre, nous faisons un rapide bilan qui nous autorise à le retourner, puis à lui enlever son casque, d’abord lui permettre de respirer, dégager ses voies aériennes il a de la terre dans le nez et la bouche, il arrive à respirer, on dégage son cou, on ouvre son blouson. Puis on refait un bilan complet pour évaluer exactement les lesions. Bruno et moi sommes d’accord : contusion cerebrale et fracture de plusieurs cotes à droite peut-être un pneumothorax qui est plus inquiétant mais il respire. Mon inquiétude est que la veille il m’a parlé de son traitement des anticoagulants il risque une hémorragie interne grave. Sherpa arrive avec le matériel médical et Florence. On le conditionne bien, on le protège. Je me dit que Nathalie (infirmière de bloc) qui me dit ne pas aimer les urgences est parfaite et la plus active. Je vois Florence petit oiseau paniquée, je vais vers elle pour lui parler et je la charge de ramasser toutes les affaires éparpillées pour qu’elle ait l’esprit un peu ailleurs. Alain reprend progressivement conscience, il est désorienté et confus. Je sais que c’est faussement rassurant, mais cela permet aux autres de se sentir un peu mieux et avec Bruno, un  regard suffit pour se comprendre sur le pronostic qui peut être sombre. Puis on attend, on est sur une piste loin de tout, Titi et Nordine sont partis chercher du secours. Nordine, c’est son 1° jour et sa 1° piste. Il me fait rigoler quand il me dit : »vous assurez, on est en sécurité avec  vous je ne vous quitte plus du voyage ». C’est un accident qui n’aurait JAMAIS dû arriver. Il suffisait de rouler à allure raisonnable, vers les 80 km/H comme les autres, pas à 130 !

Q11: que pense un médecin tel que toi quand il voit des motards prendre un peu trop de risques sur des voyages sensés être cool comme le Gringo

Medecin et motard conscient des risques de la moto. Je me dit qu’ils pensent pouvoir assurer et ils le sont peut-être capables, mais dès que l’imprévu arrive on est très exposé ça vient tellement vite. Je me dis qu’ils oublient ou ils sont et qu’en cas d’accident, les secours mettront du temps et la qualité des soins ne sera pas celle qu’ils connaissent en France ; mollo faites gaffe !

Q12: il y a t il un endroit particulier durant le gringo que tu as associé a une musique que tu adores durant le voyage ?

Cette piste en montagne le 11/11 au bistrot au bord de la piste 2 musiciens jouaient el condor pasa pour les touristes ça m’a poursuivi toute la montée, ça allait très bien avec le cadre

Q13: Quelle a été la piste la plus éprouvante pour toi dans le voyage ?

La piste en Patagonie en allant sur El calafate. Il y avait un vent terrible il y avait une petite déviation pour des travaux avec de gros galets. J’ai déposé Nathalie pour passer les 100m je suis très bien passé puis je vois d’autres motards en dificulté je vais les aider. Les motos tombent. Les 2 jeunes français que nous avions rencontrés n’arrivent pas à avancer ils tombent on les relèvent ils partent et retombent 4 ou 5 fois. Au bout d’un moment je me dit qu’il ne faut pas rester et avancer tout de même malgré la difficulté, le départ est difficile. Quelques km plus loin je ferme la route de notre petit groupe de 4 les 3 motos vont l’une après l’autre dans le fossé, rigolade et assistance, mais c’est toujours aussi difficile de repartir à cause du vent latéral. Cette journée a été très difficile. 3 ans auparavant j’étais passé par là en mini bus et le vent avait été tout aussi fort .

Q14:  Quelle a été l’endroit qui a provoqué une communion instantanée entre Nathalie et toi , où vous vous êtes sentis spontanément heureux ? As tu vécu des moments de profonde inspiration ? De spiritualité ? Développe please.

Le lac Miscanti journée de repos a San Pedro D’Atacama. Nous avons pris la piste que nous avait indiquée Fabi ? Belle piste de montagne. 1° piste du Gringo, on reprend doucement nos marques la moto Nathalie et moi. On monte, je trouve la moto un peu poussive et le pilote aussi. Je me dis que je ne suis pas assez entraine physiquement et que je ne sais plus bien maitriser la moto que j’ai quittée il y a 2 mois. Arrivés au sommet je regarde mon altimètre 4100 m Ah je comprends. La piste monte encore un peu et la : émerveillement le lac bleu dans un paysage de desert. Nathalie crie d’émerveillement dans le casque, elle est heureuse et moi aussi. Il n’y a personne je suis au bout du monde c’est denudé mais beau. Dans ces moments j’ai envie de chanter des cantiques, il y a autant d’inspiration que dans un temple de quoi méditer sur soi-même sur la vie sur le bonheur qu’elle nous apporte si on arrive à prendre du recul et à se satisfaire de choses simples et ce lac tout dénude sans végétation avec quelques rides de sel sur le rivage, c’est rien mais c’est extraordinaire. Je pense qu’il faut que j’en parle dans une de mes prochaines prédications ( tu ne le sais peut-être pas mais je suis étudiant en Théologie et je suis prédicateur laïc, je fait de temps en temps l’office religieux au temple)

Q15: as tu vécu des moments ou des gens ont été solidaires avec toi récemment dans ta vie privée ? Comment l’as tu vécu ?

J’ai vécu  des moments difficiles au travail avec une mise en cause de mon honneur moral. Le soutien de Nathalie a été très important. J’ai su alors qui étaient mes vrais amis ( mais je n’ai pas été surpris par les personnes qui m’ont soutenues, je ne m’étais pas trompé sur leur valeur). Ces moments ont été très difficiles pour moi, mais un ami qui t’apporte son soutien cela n’a pas de prix. La justice a fini par me rendre mon honneur et j’ai fait le tri autour de moi.

Q16: as tu vécu des moments ou des gens ont été solidaires avec toi récemment dans ton rallye GRINGO ? Comment l’as tu vécu ?

Au cours du Gringo je n’ai pas vraiment eu de problèmes. Mais avec quelques Gringos nous avons été solidaires lors des petits problèmes du quotidien. Ça été rassurant et motivant.

Q17: avez vous fait des rencontres enrichissantes ? Quels sont les paysages que tu, que vous avez préférés ?

Ce voyage a été beau par les contrées traversées et les liens crées avec les autres Gringos. J’ai découvert des personnages, des qualités humaines cachées. Par exemple Sergio qui paraît au premier abord un joyeux luron superficiel est un type plein d’humanité et courageux. Il m’a ému lors de sa soirée d’anniversaire, il a montré un esprit d’analyse très fin plein d’humour et d’amour. Son courage de poursuivre ce voyage avec nous après sa blessure est une démonstration de l’ambiance de ce groupe. Je ne citerais pas les autres ce serait trop réducteur mais j’ai pu avoir quelques discussions avec d’autres Gringos sur la vie et sa philosophie.

Q18: ce voyage a t il été un enrichissement pour ton couple ?

Tu vas vraiment tout lire jusqu’au bout ? c’est long non ? Entre Nathalie et moi c’est très fusionnel on passe toute notre vie quotidienne ensemble, le voyage ne change pas nos relations mais on en profite plus car on est détendu et au repos loin des préoccupations de la vie de tous les jours

Q19: combien d’opérations as tu pratiquées le premier jour de ton retour à la clinique après le Gringo. Avais tu la tête dans ton boulot ou étaient ce juste tes doigts dans celles des autres ?.

Douze interventions chirurgicales cérébrales le 1° jour, concentré sur le travail mais très détendu

Q20: que représente le mot Solidarité dans la réussite d’un challenge en groupe tel que le Gringo ?

Solidarité c’est une ancienne valeur motarde qui est un peu galvaudé sur nos routes françaises. On la retrouve sur les pistes, c’est difficile même si on aime ça. C’est bon de savoir qu’au moindre problème je ne serais pas seul. Nous savons que la chute nous attend au tournant . quand elle survient c’est marquant physiquement et moralement. Si la plupart du temps elle est sans gravité physique, le motard n’aime pas la chute. Il découvre ses limites et son amour-propre en prend un coup. Alors s’arrêter pour aider un copain qui vient de tomber est un reflexe. Mais après avoir vérifié son integrité physique et l’état de sa moto, je sais qu’il a besoin de réconfort moral. Non il n’est pas le seul à tomber à glisser. Cet endroit était piégeux, technique. On découvre alors rapidement l’autre, ses valeurs, son caractère, la glace se brise.

Jean Luc

Une réponse à “SOLIDARITE : Jean Luc BARAT”

  1. gauthier dit :

    magnifique commentaire de ta part, mais tu oublie la confiture de lait qui a soudé notre groupe et le loup de patagonie, animal mythique sans doute sorti de mon imagination dopée aus éffluves du cuba libre!

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