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COURAGE : Muriel TROUCHE

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Durant notre dernière grande aventure en GS lors du GRINGO 211, nous avons partagé 5 valeurs de voyage avec nos participants – curiosité, courage, respect, solidarité, humilité – que nous avons plaisir à partager ici avec vous à travers ces portraits de motards ordinaires livrés à leurs rêves extraordinaires…

Le Courage

Q01: faisais tu de la moto ou de la mobylette quand tu étais ado?

Pas du tout, juste du vélo.

Q02: quand as tu décidé de partir au Gringo avec un de tes fils derrière toi ?

En août 2010, je suis tombée « par hasard » sur le 1er Road Trip, on s’est inscrits le soir même. De toute façon,  ou je passais mon permis, ou je restais à la maison, le choix a été vite fait. Et puis, il était hors de question qu’on n’emmène pas les enfants, alors…

Q03: le fait d’avoir trois garçons à la maison qui parlent toujours moto cross, est-ce que cela t’influence ou te pousse à les suivre dans leur passion ?

J’avoue que j’y ai pris goût grâce au rallye, maintenant je n’irais pas faire de cascades, il faut une certaine condition physique. J’aurais dû m’y mettre il y a 10 ans, en fait.

Q04: est-ce que ton mari t’a mis un révolver sur la tempe en disant “si tu passe pas ton permis pour venir avec nous en moto, on y va tout seuls en side car ?“ Bref, est-ce qu’ils t’ont mis la pression ?

Il m’a juste dit qu’il partirait avec un copain (ou pire, une copine) et que je resterais à la maison avec les enfants

Q05: est-ce que ta famille ou tes copines t’ont dit avant de partir que c’était une hérésie de partir dans cette aventure dans ces conditions ? Comment réagissais tu ?

Ma mère m’a dit que j’étais folle de passer le permis moto, mes copines m’enviaient tout en se disant qu’il y avait chez moi une part d’inconscience (sur ce point, je crois qu’elles avaient raison).  Pour moi, c’était un défi personnel, et j’avoue que plus l’échéance approchait, plus le doute s’installait en moi.

Q06: comment as tu découvert l’existence de ce rallye ? Et d’ou vient votre passion pour la moto chez vous ? 

En fait , Yannick avait déjà envisagé  de vendre soin commerce et de partir en Amérique du Sud pour 6 mois. Quand j’ai vu la couverture du Road Trip avec la route des Andes, je l’ai acheté et tout s’est enchaîné. Annick est motard depuis toujours, il a eu sa 1ère moto à 18 ans et a transmis le virus à ses enfants.

Q07: quand tu es arrivée à Ushuaia était-ce ton premier voyage en Argentine ?

Oui

Q08: étais tu anxieuse et inquiète devant le challenge qui t’attendait ou étais tu zen ?

Comme je le disais précédemment, plus le départ approchait, plus le doute grandissait. Je me souviens avoir demandé à Yannick « tu crois que je vais être capable? Et comment fera-t-on si je n’y arrive pas ? », tout en sachant que je n’aurais pas le choix. En plus, je ne voulais pas être un boulet pour le reste du groupe. En même temps, je m’étais entrainée pendant un an pour préparer ce voyage, ça a été très dur physiquement et moralement, mais le résultat en valait vraiment la peine.

Q09: quelles sont les choses ou qui sont les gens qui t’ont aidé durant ton voyage à surmonter ton challenge de remonter l’Amérique du Sud en moto avec ton fils derrière ?

L’osmose formidable qu’il y a eu avec tout le groupe, et ce dès le début. Certains m’ont dit qu’ils avaient eu des appréhensions quand ils avaient su qu’une famille participerait au rallye pour la 1ère fois, et puis au fil des jours ils ont vu que ça se passait bien, malgré nos petits ratés du début au démarrage le matin  (n’est-ce pas, Eric). Les 1ers jours ont été difficiles, car j’ai roulé dans des situations totalement inédites pour moi (le vent, le froid, la pluie, la nuit, le brouillard, on a tout cumulé). A ce moment-là, j’appréhendais vraiment le reste, puis ça s’est bien passé.

Q10: as tu eu peur de tomber durant le voyage ? Quand ? Où ? T’es tu gamellée ? Raconte.

Bien sûr, j’avais peur de tomber, mais je ne préférais pas y penser. De toute façon, avec cette moto, je tombe toujours à l’arrêt, elle est vraiment très lourde (surtout avec les sacoches pleines et robin derrière). Yannick me dit toujours de regarder où je m’arrête, comment est le terrain ,il est marrant lui. Pour peu qu’il y ait un peu de dévers, c’est mort. Je me suis gamellée devant tout le monde en arrivant au 2ème poste de douane lors de cette journée mémorable et interminable car j’ai voulu faire comme les autres et monter sur le trottoir. Puis il y a eu cette fameuse traversée du gué que je n’étais pas peu fière d’avoir réussi, si ce n’est qu’après c’était du sable et que je me suis vautrée. Mais le pire, c’était ce fameux feu rouge à  Salta, où j’ai réussi à nous faire tomber tous les 4, Yannick m’a dit « on ne me l’avait jamais faite, celle-là ». Mais bon, comme je lui ai dit, j’aurais pu faire pire, alors.

Q11: quelle a été l’étape la plus difficile du voyage ? la plus éprouvante ?  Peux tu décrire ?

La journée en Patagonie, avec ce terrible vent latéral pendant des heures, c’était l’enfer. Quand je suis arrivée, j’avais tout le haut du dos complètement noué, je n’en pouvais plus. Même Yannick a eu peur pour moi, on était obligés de rouler complètement à gauche de la voie de gauche, et on était sans cesse déportés vers la droite. Et quand on croisait des camions, l’horreur.

Q12: quelle a été la piste la plus agréable, la plus extraordinaire en tant que motarde ?

Il y a eu le moment où le Perito Moreno est apparu au détour de la route, et puis je me suis vraiment régalée toute seule debout dans les lacets

Q13: comment se comportait ton fils Robin derrière toi ? Est il un bon passager ? Discutais tu avec lui ? Il t’encourageait ou t’engueulait ?..

Il est resté stoïque jusqu’à Salta, le jour où je suis rentrée dans la moto de Yannick au feu rouge et qu’on est tombés tous les 4. Je ne sais pas pourquoi, je m’étais mis en tête qu’il allait démarrer. Il faut dire que la ville m’a particulièrement stressée, avec ses carrefours à l’américaine, les voitures qui arrivaient dans tous les sens (on sait comment conduisent les Sud-Américains), mon appréhension avec le poids de la moto à l’arrêt et ma peur de perdre Yannick en route (lui avait le GPS et le road-book, il fallait que je le suive car je ne savais pas où aller). A partir de ce moment-là, Robin ne voulait plus trop monter derrière moi, mais le voyage arrivait à son terme, donc il a pris sur lui pour aller au bout.

Q14: quelle est la plus grande fierté dans ce voyage GRINGO 2011 ?

D’avoir surmonté toutes ces peurs et de m’être dépassée. Ce voyage a été comme un parcours initiatique, pour moi il était nécessaire. J’avais depuis toujours le goût du voyage et la curiosité de l’autre, mais ça m’a vraiment donné envie de repartir très vite.

Q15: dormais tu de façon paisible la nuit où stressais tu en pensant à l’étape du lendemain ?

De manière générale, je dormais plutôt bien, avec la fatigue. Ce qui me stressait un peu, c’était quand il fallait parcourir 400 ou 500 km, avec un timing à respecter.

Q16: qu’est ce tes fils ont le plus aimé dans ce voyage ? Qu’est ce qu’ils en ont gardé ?

Ils se sont très bien entendus avec tout le groupe (la séparation à la fin de l’aventure a d’ailleurs été un peu difficile, surtout pour Robin qui a pleuré), ont adoré la croisière et les paysages somptueux que nous avons vus. Le contact avec un autre mode de vie, une autre culture, ont été une expérience unique et irremplaçable et nous ne regrettons pas qu’ils aient manqué un mois d’école (très vite rattrapé). Quand ils sont rentrés, ils avaient plein de choses à raconter et étaient un peu les stars du collège. Victor s’est aussi régalé sur les pistes avec ma moto, et a passé de super moments en duo avec son père. Depuis, il n’a qu’une hâte, c’est d’avoir 18 ans pour passer son permis moto.

Q17: avez vous fait des rencontres enrichissantes ? Quels sont les paysages que tu, que vous avez préférés ?

Outre certains participants qui sont devenus des amis et le staff qui a été super à tous points de vue, ce voyage m’a essentiellement permis de relativiser énormément au retour. Lorsqu’on voit les conditions de vie de certaines populations, la société de consommation dans laquelle nous vivons paraît totalement décalée. Je l’ai vraiment ressenti en rentrant, d’autant plus qu’il y avait les préparatifs de Noël et je me sentais très loin de tout ça. Il y a eu aussi la rencontre avec Oswaldo qui a un magasin d’équipement de moto à Mendoza et que nous allons certainement revoir à Paris au mois de mai. Sinon, j’ai adoré les glaciers, la route du bout du monde, les estancias, la Valle de la Luna, les Salars (notamment notre petite virée avec Fabie, Klaus, Gérald et Maxime vers Atacama).

Q18: ce voyage a t il été un enrichissement pour ton couple ? pour ta famille ?

Yannick et moi sommes ensemble depuis 18 ans, mais je pense que quelque part je l’ai épaté, il se posait quand même pas mal de questions avant le départ. Quant aux enfants, je pense qu’ils sont fiers de leur maman. En tout cas, on a tous envie de repartir très vite pour de nouvelles aventures.

Q19: profitais mieux de ton voyage quand tu étais derrière Yannick ou lorsque tu pilotais ta GS toi même ?

Maintenant que je conduis, je préfère piloter moi-même.

Q20: comptes tu rouler régulièrement en GS en France ?

Oui, au Pays Basque où nous passons toutes nos vacances d’été (l’année dernière déjà, je me suis entrainée là-bas), et j’espère que nous aurons l’occasion de partir en week-end régulièrement.

Muriel

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Et l’homme, il en dit quoi ?

Les enfants et moi, on en avait marre qu’elle ne partage pas nos sorties en montagne, qu’elle se fasse du souci pendant qu’on s’éclatait avec nos motos

En juillet 2010, sans jamais imaginer qu’elle passerait un jour son permis, on l’a déguisée en Robotcop et faite débuter sur une moto de cross. Le CRF 150 c’est pas trop adapté pour l’apprentissage, mais c’était la seule qu’on avait ou elle touchait par terre. La moto, nerveuse, lui filait parfois entre les jambes. Après quelques jours pour la maitriser, elle a attaqué les petites routes désertes entre St Jean pied de port et la frontière espagnole. Jusqu’à ce qu’une gamelle spectaculaire, heureusement sans conséquence, la refroidisse.

En aout, je découvre un nouveau magazine, Roadtrip « la route des Andes en Harley“ ils ont bien choisit la couverture, piqués en plein cœur ! quelques pages plus loin une pub T3 pour le gringo. Moi j’y vais !!! Et moi je fais quoi ? Tu passes ton permis et on emmène les enfants sinon tu les gardes !!! Le soir mème nous  étions inscrit au gringo.

Nous avons décider de sacrifier un vieux 600 Transalp pour sa formation. Des heures et des heures jusqu’à épuisement en première dans les chemins ou autour des cônes juste pour acquérir un bon équilibre . Le code fut une formalité et elle se présenta pour un stage d’une semaine au circuit Carole, en octobre. Sa moto pour le gringo arriva le même mois. Plus que la cylindrée ou la hauteur de selle le seul critère qu’elle retint dans le choix de sa moto fut la couleur le ROUGE !!!  ce fut donc une GS1200 Adventure. Un peu trop haute, un peu trop lourde mais rouge. Le maniement de la moto à l’arrêt et la position sur la pointe des pieds nous firent tout de suite comprendre que rien n’était gagné. On acheta un banc de muscu.

En février, parallèlement à ses leçons de conduite, elle se réserva une chambre d’hôtel et partit toute seule pour une journée de formation chez JP Goy. Ce fut le declic, elle en avait appris beaucoup plus en une journée avec Jean Pierre que pendant toutes ses leçons de permis et se risqua enfin à sortir la GSA du garage. Un second stage de deux jours en famille fut aussitôt programmé pour juin. Pendant ce stage, mise en confiance par Jean Pierre, elle osa pour la première fois prendre notre jeune fils de dix ans derrière elle. Le plus grand de treize ans suivit aussi la formation, avec ses 1m80, ses 85kg  et ses années d’expérience en tout terrain il pourrait remplacer sa mère si les pistes argentines s’avéraient trop techniques.

Les vacances de juillet dans les montagnes basques furent l’occasion de mettre en pratique les enseignements reçus, le gilet de protection remplaça le maillot de bain. Ce fut pour Mumu  des heures debout sur la machine et guidon en butée dans les nids de poule et les taupinières, des descentes caillouteuses avec épingles en devers, au bord du vide, où malgré ses bras tétanisés elle ne broncha pas. Trois semaines d’entrainement, agrémentés de bons restos et de magnifiques paysages, pour enfin se sentir à l’aise sur la bête.

La moto étant dans le bateau avant qu’elle obtienne son permis elle débarqua à Ushuaia sans expérience routière avec sa GSA. Les éléments se chargèrent aussitôt de parfaire sa formation. Dès la première étape, avec une température proche de 0°C et de la neige sur les bas cotés elle a traversé la Tierra del Fuego sous la pluie avec vent de travers. Le lendemain, 7h d’attente aux douanes et l’arrivée a rio Gallegos à minuit. Le vent et la fatigue ont quand meme attaqué son moral. C’était « si j’aurai su j’aurai pas venu » et « j’vais pas faire ça pendant un mois !!! ».  le lendemain soir, au pied des Andes, le soleil, les paysages et le magnifique hôtel à El Calafate l’avaient regonflée à bloc.

Elle fut pleinement récompensée de tous ses efforts lors de l’étape villa union-belen. Affaiblis par la turista et la finale de rugby en pleine nuit ,les enfants ont voyagé en 4×4 avec le mecanicien. Libérée de son passager et du poids des responsabilités qui va avec, elle s’est enfin lachée et a su profiter pleinement de sa moto, seule, sur une piste sinueuse et dans un cadre grandiose aux milieux des Andes.

Depuis ce jour là, ma femme, c’est  plus qu’une conductrice de moto, c’est une motarde …

Yannick.

Une réponse à “COURAGE : Muriel TROUCHE”

  1. fresse christian dit :

    Bonjour les Simpson Bravo à vous content de vos nouvelles ,que de bons souvenirs, grand respect “la mouche”

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