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Fabrice – R 80 G/S

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Moto: R 80 G/S
Originaire: La Réunion
Métier: Militaire

 

Une GS Globetrotteuse

Voici l’histoire d’une GS pas comme les autres. Trouvée par le biais d’internet, Fabrice remonte peu à peu l’histoire de cette trouvaille exceptionnelle, une GS aussi rayonnante qu’à sa sortie d’usine en 1981. Il apprend qu’elle a vadrouillé en Afrique, en Europe… rentre en contact avec les deux premiers propriétaires … L’un deux regrettera fort sa belle, puisqu’il recontactera Fabrice pour lui racheter la G/S de ses souvenirs ; en vain, cette R80 G/S appartient dorénavant à une autre histoire.

 

 

GS World : Comment t’es venu la passion de la moto ?

Fabrice : À l’âge de 15 ans, j’habitais à Toulouse. Au centre ville se tenait un des contrôles d’étape du Paris-Dakar et j’ai ainsi pu assister à la naissance de ce mythique rallye. Avec les copains, on allait voir passer les concurrents, entre autres  Brasseur, Ickx ou les frères Marreau en auto, mais surtout les pilotes moto comme Neveu, Auriol, Bacou, Loizeau, Fenouil, Rahier, les frères Joineau. On maquillait alors nos premières motos à vitesses, des 50, en pseudo motos du Dakar.

 

GS World  : Qu’est-ce que l’univers de la moto représente pour toi ? Ton ressenti en roulant ?

Fabrice : L’évasion. Un simple trajet effectué en voiture n’a rien de spécial. En moto, ce même trajet prend une toute autre dimension et dévient dés lors une évasion. C’est ce sentiment que m’évoque la moto.

La moto fut rapidement un but. Émancipé avant ma majorité, quand je me suis engagé dans l’armée à 16 ans, je me suis immédiatement démené pour y conduire des motos avec un objectif en tête : voir du pays et dans toute la mesure du possible à moto. Mon terrain de jeu était alors le massif central.

 

GS World  : Quand as-tu obtenu le sésame te permettant enfin de rouler légalement ? Des difficultés pour l’obtenir ? (Permis moto)

Fabrice : Étant donné que je me destinais à une utilisation plus particulièrement enduriste de la moto, à l’âge de 18 ans j’ai opté pour le permis de moins de 400cm3, (à l’époque, il existait 2 types de permis : le plus de 400 cm3 et mois de 400 cm3). Il ne me semblait pas nécessaire d’avoir une cylindrée supérieure pour du tout-terrain, les motos plus puissantes augmentant leur poids avec la puissance. Et puis les grosses cylindrées me semblaient bien superflues vus les résultats des filles comme Nicole Maitrot ou Christine Martin en 250cc Honda au Dakar. ;-)

Là où j’ai rencontré des difficultés, c’est que je craignais que l’inspecteur du permis juge mon attitude de motard un peu trop « confiante ». En effet, je pratiquais la moto depuis deux ans déjà, entre autre grâce à mon emploi sur terrains de manœuvres, en enduro mais aussi en toute illégalité. J’ai donc opté pour une attitude très prudente lors de l’examen en prenant des airs de « motard novice ». Et bien vous devinez la suite… L’inspecteur me recalait car il jugeait que je n’étais pas assez sur de moi en moto, pas assez à l’aise !

Lors du deuxième examen, ce même inspecteur se présentait. Comme je comptais bien lui montrer que je maitrisais bel et bien l’engin, ils finirent par me perdre, à cause de ma vitesse excessive. Il s’en fut de peu pour qu’on me recale de nouveau, mais après m’avoir fait remarquer que ma vitesse n’était pas adaptée, il me donnait finalement mon permis en me disant que je maitrisais effectivement mon véhicule (sans rire J)… oui sans rire ;-)

 

GS World : Ta première moto ?

Fabrice : Ce fut une 125 DTMX, le modèle avec le cantilever carré, avec laquelle je garde de très bons souvenirs. Puis, inspiré par les exploits des frères Joineau au Dakar et impressionné par leurs motos, j’ai craqué pour une Suzuki 400 DR d’occasion, le modèle avec double amortisseurs arrière. Je l’ai optimisée façon « Dakar » : gros réservoir polyester, pot supertrapp, amortisseurs Fournales,  protections alu, porte bidons. La préparation moteur perso était elle aussi un peu bidon et seul son bruit pouvait faire croire que les performances étaient meilleures J

Ensuite, j’ai acquis plusieurs motos de marques différentes : la populaire enduro Suzuki 175 PE (que je possède toujours), Yamaha 600 Ténéré, Honda 600 XLM,  Kawasaki 600 KLR, Suzuki 650 DR…

 

GS World  : Ta première GS ?

Fabrice : Ce fut ma R80 G/S, que j’ai toujours aujourd’hui. Je l’ai acheté sur internet, sans même l’avoir vue avant (en dehors de quelques photos bien entendu). Je me la suis donc faite livrer en Guadeloupe, où je vivais à ce moment là. Après une étape en Bretagne, elle m’a ensuite suivi à la Réunion, où je réside actuellement.

 

 

GS World  : Pourquoi le choix de la GS ?

Fabrice : J’ai toujours rêvé d’avoir une G/S…

À l’époque, j’achetais mes motos selon leur look. Je trouvais toutes ces enduros du Dakar vraiment belles (Suzuki, Honda, ..) les G/S préparées pour les rallyes ou les courses de type Baja étaient également superbement préparées. Contrairement à cela, l’esthétique de la G/S de série ne m’attirait pas vraiment ; elle était très chère et me semblait inaccessible, lourde… mais elle avait « quelque chose ». Je me souviens avoir vu en 1980 la G/S dans la revue « Moto Tout -Terrain » : elle m’avait alors véritablement choqué avec ses couleurs improbables, ses cylindres débordant de part et d’autres, le disque de frein, le cardan et cette roue arrière qui, vue du coté gauche, ne semblait maintenue par rien … elle m’avait surpris mais aussi et pour toujours impressionné. Par la suite, la réflexion qui s’imposa fut « il y a une différence entre la simple beauté et le vrai charme ».

Elle fut longtemps un rêve de jeunesse non assouvi. Atteint par le démon de midi, je me suis enfin décidé pour l’acquisition d’une G/S. J’avais gardé en tête les images des premiers Dakar, ce sont ces G/S de l’époque qui m’avaient fait rêver. J’ai alors repéré une annonce sur internet, contacté le propriétaire de cette moto et acquis ma G/S. Je l’ai essayée, et ce fut l’attachement. Depuis cette moto est devenue une histoire de famille ; ma fille de 11 ans est déjà accro. Je lui ai promis de la lui donner plus tard… (Bien plus tard J)

 

GS World  : Quelle préparation sur la GS ? Et pourquoi?

Fabrice : Pour la petite histoire, cette moto est entièrement d’origine et je tiens vraiment à ce qu’elle le reste. Là est son équilibre, son authenticité, son identité et je suis un puriste.

Elle est équipée de la valise blanche “genuine” de 1981 à droite (uniquement à droite à l’époque, le support gauche ne sortira qu’en 1982). La sacoche de réservoir est également de marque BMW de 1981, sans oublier l’équipement complet comme sa trousse à outil ou la pompe à vélo dans l’épine dorsale du cadre, mais également le compte tour et l’horloge (optionnels à l’époque).

 

Je suis très certainement un des rares chanceux à avoir pu acquérir une G/S dans un si bon état, avec si peu de kilomètres (environ 15.000 Kms à l’achat – elle en a aujourd’hui un peu plus de 40.000), et complètement d’origine (non restaurée).

En 2004, je l’achète alors que je me trouve en Guadeloupe, et l’a fait donc affréter depuis la Belgique.

 

Elle a une histoire peu commune. Fabriquée en juin 1981, elle est partie neuve à Abu Dhabi comme premier exemplaire devant être utilisé par la police du désert. Peu à l’aise à moto, les autochtones ont préféré garder leurs dromadaires et elle est restée là-bas 4 ans, neuve, non utilisée, dans la vitrine du seul commercial de la région à l’époque, AGMC.

On ne pourra pas dire qu’elle a mis les dromadaires au chômage !

Elle ne sera revendue à un privé Allemand qu’en 1985. Ce 1er propriétaire fera avec elle plusieurs courses dans les déserts des Émirats Arabes Unis puis en Égypte suite à une nouvelle mutation. Il revendra alors la G/S au Caire.  Elle sera donc achetée par un haut fonctionnaire de l’ONU en Egypte avant qu’il ne la trimballe au Liban, en France et en Belgique : un autre passionné de désert de raids et de mécanique qui sillonne à présent l’Afrique en Hummer. Pour la petite histoire, il a réussi à retrouver ma trace dans les Balkans afin de tenter (en vain J) de me racheter la G/S pour partir en Éthiopie.

 

 

GS World  : As-tu eu des parents voyageurs ?

Fabrice : Pas vraiment mes parents sont des artistes qui voyagent en peinture.

 

GS World  : Ton influence de départ ? Ton inspiration?

Fabrice : Mon père était militaire, mais mon influence de départ sur le plan du voyage et de l’aventure fut mon grand-père. Soldat lui aussi, pilote d’avions, il était également un grand voyageur. Il eut une vie romanesque et mouvementée. Bien que je ne l’ai pas beaucoup connu, j’ai voyagé en rêve à travers ses écrits, ses photos et le souvenir de son vaste bureau plein d’inquiétants trophées ramenés d’Afrique. Entre autres grosses voitures américaines, il possédait des motos d’après guerre. À cette époque, vue l’infrastructure routière, toutes les motos étaient finalement aussi des trails.

Pour moi, ce fut trente ans de voyages à travers mon métier et principalement sur des îles. J’ai trimballé la Ténéré dans l’archipel Polynésien puis celui des Comores, la GS emprunta avec moi les routes de la Guadeloupe puis celles de la Réunion.

 

GS World  : Quels furent les meilleurs moments ?

Fabrice : Les typiques balancements latéraux du flat au ralenti, les effets du monolever à l’accélération et la décélération, le couple d’un moteur disponible à tous les régimes sont des meilleurs moments que je renouvelle à chaque démarrage… mais plus qu’un « meilleur moment » la G/S fut pour moi un vecteur de « changements ». Solitaire de nature, la G/S m’a finalement permis de devenir « leader », elle m’a permis de m’ouvrir aux autres pour la simple et bonne raison que cette moto attire. J’ai appris à vivre la passion de la moto différemment, à m’entourer en profitant de l’extraordinaire pouvoir fédérateur de cette moto. Aujourd’hui, non seulement je ne roule plus seul, mais j’organise des virées dans un club motard que j’ai repris. Je sillonne ainsi la Réunion suivi, parfois, de 25 motos.

 

GS World : Les pires moments ?

Fabrice : J’ai bien eu quelques « chaleurs », mais elle ne m’a jamais laissé tombé. Elle est super fiable. Si je devais choisir les pires moments je dirais… quand un freinage d’urgence est nécessaire…

 

GS World  : Quel fut le plus bel endroit ?

Fabrice : En dehors des autres pays dans lesquels j’ai pu vivre ou voyager, la Réunion, où je me trouve actuellement offre des découvertes visuelles magnifiques. Un de mes endroits favoris est la route du volcan avec en impasse le Pas de Bellecombe et sa vue sur le cratère du Piton de la Fournaise. Il y a également de superbes routes telles que la route traversant les forêts de Bebour et de Belouve. On peut traverser de très beaux cirques, tels que celui de Salazie ou de Cilaos ou contempler depuis de vertigineux points de vue le cirque de Mafate. La Réunion mérite vraiment son classement au patrimoine mondial de l’humanité.

 

 

GS World  : La meilleure rencontre ?

Fabrice : La GS, c’est l’occasion de faire plein de rencontres. J’insiste bien sur le mot GS… Après nos longues sorties entre motards, on s’arrête toujours boire un verre en bord de mer dans un café que je choisi. L’autre jour, un motard s’est arrêté ; on est resté là à discuter entre passionnés de GS, et on a échangé nos coordonnées… un nouveau membre est recruté pour le club, il s’était arrêté car il avait vu une G/S…

 

GS World  : Des pannes ? Des problèmes ?

Fabrice : Non, jamais de vraie panne. Faut dire, j’en prends soin. Je fais tout moi même. J’ai même acheté mon propre outillage, dont certains outils BMW spécifiques (lampe stroboscopique, compressiomètre, clés dynamométriques…). Le pire qui me soit arrivé, fut qu’un jour elle ne démarrait plus : juste le relais de démarreur qui était HS. Et puis quelques batteries… par ma faute. En garant la moto, il m’est affectivement arrivé de ne tourner la clé que jusqu’à la position parking puis la retirer. Dans ce cas les feux restent allumés et la batterie se vide. Quelle galère ensuite pour se faire livrer les batteries outremer avec les problèmes de transport de matières dangereuses dans les avions !

 

GS World  : As tu des conseils pratiques à faire partager ? Un petit mot pour tes lecteurs ?

Fabrice : Peu de conseils car finalement la GS est très simple à prendre en main, ses réactions et son ergonomie atypiques sont plus anecdotiques que vraiment gênantes.

Pour moi, la GS c’est un équilibre. Elle est le lien entre la moto tout-terrain et la routière,… elle se situe juste à la limite raisonnable au-delà de laquelle bien des trails perdent leur âme. La GS, il faut l’apprécier telle quelle. C’est une philosophie : « prendre le temps de vivre au rythme du balancement de son flat twin ». Elle est surprenante et peut nous emmener jusqu’au bout du Monde.

 

GS World  : As-tu des productions à promouvoir ?

Fabrice : Le forum le Flatistan.

 

GS World  : Quels sont les projets futurs au guidon de ta GS ?

Fabrice : Je commence à prendre de la bouteille et en faisant le bilan je m’aperçois que le côté aventure professionnel à largement pris le pas sur ma vie privée. Je vais planifier des voyages avec ma G/S, sans doute en petit groupe. J’ai toujours été sur des îles, mais maintenant, je recherche les grands espaces… pourquoi pas avec T3 ;-)

 

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