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Damien – R 1200 GS Adventure

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Moto: R 1200 GS Adventure
Originaire: Montréal – Québec (Canada)
Métier: Architecte SIG / Canadian National
Voyage: États-Unis, 2009-2010

 

Damien prépare le rêve d’une vie: un Tour du Monde en 2013. Avant cela, il nous emmène pour quelques “tours d’échauffement”, à travers ce périple aux États-Unis. Regard sur un GSiste qui ne rêve pas sa vie… 

 

 

 

 

 

GS World: Comment t’es venu la passion de la moto ?

Damien: Depuis des années, je rêvais de posséder une moto. À l’instar d’autres enfants, j’imaginais que mon vélo était une moto. J’allais même jusqu’à imiter le son du moteur. En grandissant ce rêve s’est estompé même s’il m’arrivait de me retourner sur le passage d’une moto. La vie a continué son chemin. C’est après avoir immigré au Canada avec ma femme que ce désir est remonté à la surface… J’ai donc commencé le processus pour passer mon permis et lors de ma visite au salon de la moto à Montréal j’ai craqué sur une BMW 1150 RT, le même modèle que possédait un ami motard français. Poussé par ma femme (hé oui), je l’ai achetée alors que je n’avais pas encore mon permis.

 

GS World: Qu’est-ce que l’univers de la moto représente pour toi ? Ton ressenti en roulant ?

Damien:Le monde de la moto est un monde à part, où il existe une forme de solidarité du fait que nous représentons un faible pourcentage de la population possédant ce type de véhicule. En Amérique du Nord, bien qu’il existe un gouffre entre ceux roulant en Harley, en sportive ou en routière, le salut motard est encore fortement présent. Si vous êtes arrêtés sur le bord de la route, il y aura toujours un motard qui vous demandera si tout va bien.

Au guidon d’une moto, les sensations sont plus fortes que dans une voiture : ce sentiment de liberté, ce plaisir d’être dans les éléments et de faire partie d’un tout, sans qu’un obstacle vous coupe de ce monde. Se sentir vivant dans toutes les conditions climatiques : vent, pluie, soleil, froid, canicule…

 

GS World: Quand as-tu obtenu le sésame te permettant enfin de rouler légalement ? Des difficultés pour l’obtenir ? (Permis moto)

Damien: C’est en 2004 que j’ai obtenu le sésame pour pouvoir rouler. Les difficultés rencontrées ont surtout été liées à un manque de confiance en moi, cette crainte de ne pas y arriver, alors que mon prof me disait que j’étais doué. En plus le jour de l’examen, j’ai cassé mes lunettes en mettant mon casque !

 

GS World: Ta première moto ?

Damien: Ma première moto : une BMW 1150 RT, un peu impressionnante mais tellement facile à piloter.

 

GS World: Ta première GS ?

Damien: Une 1200 GS Adventure 2008, baptisée du doux nom de Magda.

 

GS World: Pourquoi le choix de la GS ?

Damien: C’était la moto de mes rêves : aventure, possibilité de voyager à deux loin et avec beaucoup de matériel. La moto parfaite, sur et hors route : « unstoppable » !

 

 

GS World: Quelle préparation sur la GS ? Et pourquoi?

Damien: La 1200 GS Adventure est une moto parfaite, mais il est possible d’ajouter des éléments qui vont non seulement la personnaliser, mais surtout l’améliorer pour la rendre encore plus magique !

Au cours des années, j’ai ajouté des éléments provenant de la compagnie Touratech, un spécialiste dans le monde des accessoires de moto, et plus particulièrement dans le créneau de la moto d’aventure.

 

GS World: As-tu eu des parents voyageurs ?

Damien: Mes parents n’étaient pas vraiment des voyageurs aux destinations lointaines, mais grâce à eux j’ai eu l’occasion de découvrir la France de long en large… Avec toujours ce goût de la géographie et de l’histoire, qui faisaient toujours partie de nos voyages.

 

GS World: Ton influence de départ ? Ton inspiration pour ce voyage?

Damien: Petit, je regardais le Paris-Dakar, rallye mythique où des coureurs tels que Cyril Neveu ou Hubert Auriol me fascinaient. D’ailleurs, je rêvais de participer à cette grande course. Est-ce que cela m’a poussé à devenir motard ? Difficile à dire, mais il se peut que le goût de l’aventure prend en partie racine avec eux tout autant que m’inspirent de grands navigateurs comme Titouan Lamazou, Loïc Perron et bien d’autres, ainsi que des transats aussi mythiques que le Vendée Globe Challenge ou la Route du Rhum… J’ai toujours été attiré par ces aventures en solitaire, où l’Homme est confronté à quelque chose de plus grand que lui.

Puis devenu motard, ce désir de partir à l’aventure m’a fait découvrir d’autres personnages fascinants comme Helge Pedersen (10 years on 2 wheels) ou Ted Simon (Jupiter’s traveller).

 

GS World: Quelle préparation pour le voyage ? (Pilote, itinéraire, autres prépas moto…)

Damien: La préparation est en soi le début du voyage. Regarder la carte, imaginer un parcours et les différentes étapes, car malheureusement le temps alloué n’est pas extensible. Et même si j’aimerais ne pas trop planifier, il faut faire des réservations de motels ou de campings surtout dans des lieux qui sont pris d’assaut.

Avant un grand voyage à deux, nous partons au moins un week-end avec tout notre matériel, afin de voir si rien ne manque, et surtout pour nous roder. Une bonne révision, des pneus neufs et Hop ! En route !

 

GS World: Quels furent les meilleurs moments ?

Damien: Voici des morceaux choisis :
-       Parcourir la Beartooth Highway dans le Wyoming au mois de juin entouré par des murs de neige ;
-       Parcourir la route « Top of the World » dans le Colorado alors qu’elle était fermée la veille en raison de la neige ;
-       Arriver à Devil’s Tower dans le Wyoming sous la grêle ;
-       Rencontrer un monsieur dans le Montana qui nous crient alors que nous partons : « Don’t forget Ekalaka ! » ;
-       Parler avec un motard parcourant les Etats-Unis depuis la mort de sa femme ;
-       Traverser les plaines, et se sentir libre, sans aucune ligne d’horizon ;
-       Être obligé de s’arrêter encore sous un orage de grêle dans le Dakota ;
-       Voir un bison marcher tranquillement sur la route, et en être si prêt que nous aurions pu le toucher ;
-       Être survolé par un Pygargue à tête blanche ;
-       Rouler la nuit sous la voie lactée ;
-       Rouler sur les « Salt Flats » à Bonneville dans l’Utah.

 

 

GS World: Les pires moments ?

Damien: Les pires moments le sont surtout quand nous les vivons. Mais ce sont des moments qui nous font nous sentir vivants. Je ne parlerai pas des pires moments, mais d’une journée en particulier qui résume assez bien comment nous sommes vulnérables et en même temps si forts.

 

Horreur sur la route 212 – Dakota du Sud :

Le matin du 16 juin 2010, nous sommes partis de Watertown pour rejoindre Belle Fourche par une route, qui sur la carte représentait moins de 600 kms et semblait être juste une route de transit. Le revêtement se transforma rapidement en gravier, la route devenant impraticable car le sol était meuble à cause des dernières pluies. La moto (lourdement chargée) s’enfonçait de plus en plus dans le gravier épais. Nous avons pris la décision de faire demi-tour pour contourner cette zone. Finalement, nous avons rejoint la partie carrossable de la 212. Il restait cependant beaucoup de kilomètres à parcourir et le ciel s’assombrissait de plus en plus. Il faisait nuit en plein jour, deux systèmes atmosphériques s’affrontaient : un front froid du nord, et un front chaud du sud, et nous juste au en dessous. La pluie s’est alors transformée en grêle ! Des grêlons gros comme des pois ont rapidement recouvert la route nous forçant à nous arrêter. Debout sur le bas coté, nous avons  essuyé la tempête jusqu’à ce qu’une âme charitable nous accueille dans sa voiture. Nous sommes repartis accompagnés par un vent de travers de plus en plus violent. Après plus de 700 kms et huit heures de route nous avons atteint Belle Fourche. En descendant de la moto, mes bras et mes jambes se sont mis à trembler tellement la fatigue était grande.  Ce fut le lendemain que nous avons appris que le vent soufflait ce jour là avec des rafales à plus de 100 km/h !

 

GS World: Quel fut le plus bel endroit ?

Damien: Nous avons traversé des lieux extraordinaires, mais c’est le désert qui me fascine par son côté hostile et en même temps attirant. Le désert se mérite. Le plus magique reste le parc national des Canyonlands aux confins de l’Utah, proche de la ville de Moab. Un endroit encore préservé où l’on se sent tout petit face à cette nature minérale qui nous transcende et apporte une grande paix intérieure. C’est pour cela que nous y sommes allés à deux reprises.

 

GS World: La meilleure rencontre ?

Damien: Pourquoi se résoudre à en sélectionner une, alors que de nombreuses rencontres viennent embellir le voyage. N’est-ce pas d’ailleurs l’un des buts lors d’un voyage ? Mais si malgré tout une seule devrait être choisie, ce serait cette rencontre à Ekalaka dans le Montana, petit point sur la carte au milieu de nulle part, hors des routes principales. Village au bout de la route goudronnée. Nous nous étions arrêtés pour un repas qui fut d’ailleurs le moins cher de tous nos voyages et certainement un des meilleurs, non pas pour son coté gastronomique mais plus pour cette atmosphère spéciale qui nous entourait. Alors que nous enfilions nos casques, prêts à repartir, un monsieur de l’autre coté de la rue nous interpella en criant : « Don’t forget Ekalaka ! ».

Ce moment fugace et si prenant peut à lui seul résumer ce que nous ressentons lors de nos rencontres avec des personnes qui n’ont jamais voyagé ou si peu, que ce soit au milieu des plaines dans un petit café, dans un magasin, où peu de voyageurs passent. Ce sont des instants intenses où quelque chose se passe, si visible dans leurs yeux pétillants. Nous repartons sur la route en emportant avec nous une part d’eux mêmes…

 

 

GS World: Des pannes ? Des problèmes ?

Damien: Des pannes ? Je croise les doigts, mais durant mes nombreux voyages qui accumulent presque 80 000 Kms, je n’ai jamais eu de problèmes majeurs. Les seuls sont des chutes à l’arrêt, ou bien la fois, lorsque la moto mal stabilisée, est tombée toute seule entrainée par son poids. Des moments où c’est plus l’ego qui est blessé !

 

GS World: As tu des conseils pratiques à faire partager ? Un petit mot pour tes lecteurs ?

Damien: Des conseils ? Rêver et ne pas se dire que rien n’est réalisable. Penser que nous sommes fragiles et vulnérables en moto, alors être toujours bien équipé et vigilant, car la route ne pardonne pas. Mais à la clé un plaisir sans cesse renouvelé avec des images plein la tête, des photos et des récits. Et finalement quelque chose qui reste en soi, une ouverture sur le monde. Se rendre compte que les limites que l’on se pose tous les jours peuvent être repoussées.

 

GS World: As-tu des productions à promouvoir ?

Damien: J’ai réalisé deux sites web.
- Le premier relate mes voyages passés, présents et futurs: Motard du Monde
- Le deuxième contient mes photos et ma vision sur le monde Damien Fauchot  ou sur Flickr

 

Je fais partie de la Fondation Ted Simon depuis le début de l’année 2012. J’ai l’honneur et le privilège d’être le premier francophone à avoir été sélectionné : Jupiter Travellers

Jupiter’s Travellers are people who seek to understand the beauties, mysteries and tragedies of our world, and their place in it, through personal adventure. They are inspired and motivated to develop their observations and insights into something of value for the rest of the world to share, whatever their medium of expression might be.

GS World: Quels sont les projets futurs au guidon de ta GS ?

Damien: La prochaine aventure ? Un tour du monde…
-       Date prévue : Septembre 2013.
-       Durée : 2 ans environ
-       Parcours :

  • Montréal – Terre de Feu
  • Terre de Feu – Buenos Aires
  • Afrique du Sud – France (Certaines portions ne sont pas encore bien définies)
  • France – Mongolie – Vladivostok
  • Retour, tout dépendra de mes finances et des aléas de la route.

Il est prévu que ma femme me rejoigne en Amérique du Sud et en Mongolie.

 

GS World: Envie de nous en dire un peu plus ?

Damien: Deux phrases résonnent au fond de mon esprit, que j’essaie de ne pas oublier :
-       « Nous sommes fait de l’étoffe dont sont faits nos rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil… » Tiré de la pièce de théâtre La Tempête de  William  Shakespeare
-       « Rêver un impossible rêve. Porter le chagrin des départs. Brûler d’une possible fièvre. Partir où personne ne part. » Paroles de la Quête, extraite de l’adaptation française de l’Homme de la Mancha par Jacques Brel

 

En conclusion, n’oublions jamais que nous devons tenter de réaliser nos rêves.

 

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